« Nous les Gens », le premier sondage participatif


Scratch PadAujourd’hui , Scan-research et le Terrain lancent une initiative inédite dans le monde des études d’opinion : un dispositif participatif  de sondages pré-électoraux en vue des Présidentielles. Nous l’avons baptisé : « Nous les Gens ». De quoi s’agit-il et pourquoi faisons-nous cela ?

« Nous les Gens » est un dispositif financé de manière participative grâce auquel les citoyens pourront se réapproprier eux-mêmes l’outil des sondages. Deux principes ont guidé la conception de « Nous les Gens » : l’indépendance et la transparence.

L’indépendance signifie que les sondages sont commandités par les citoyens eux-mêmes au moyen d’un mode de financement participatif sur la plateforme Ulule.

https://fr.ulule.com/nous-les-gens/widget.html

La transparence consistera en ce que toutes les opérations nécessaires à la réalisation d’un sondage (recueil des données, traitement et interprétation des résultats), seront visibles et contrôlable à partir d’un site collaboratif auquel aura accès chaque contributeur du sondage : il pourra décider des questions, assister au déroulement des interviews, accéder aux résultats bruts du recueil des données, suivre le détail des traitements effectués sur ces données, dont notamment les opérations de redressement. Et bien sûr, il pourra également confronter son interprétation des résultats avec celles des autres contributeurs.

Nous avons décidé de lancer une telle initiative parce que nous pensons qu’il est nécessaire aujourd’hui que l’opinion démocratique s’approprie les sondages.

Sondages et démocratie : un couple nécessaire et controversé

La démocratie entretient avec les sondages un rapport ambigu. Ils sont à la fois inséparables ; dans le même temps leur relation ne va pas de soi.

C’est d’abord une vérité de fait que les sondages sont indissociables de la démocratie. La raison en est simple : les sondages mesurent l’opinion publique et il n’y a d’opinion publique à proprement parler que dans les démocraties.

Quel intérêt, en effet, y aurait-il à sonder une population si son avis sur les décisions qui la  concernent ne compte pour rien ?

S’il est entendu qu’il n’y a pas de sondages sans démocratie, la réciproque suscite des avis plus partagés. Peut-être, disent certains, notre démocratie serait de meilleure qualité sans les sondages.

La principale critique adressée aux sondages au nom de la démocratie, est de dévoyer le processus de libre formation de l’opinion, en l’influençant clandestinement du seul fait de lui renvoyer son image. Les sondages fausseraient décision du citoyen en offrant une prime à l’opinion prépondérante ou au candidat qu’ils « placeraient » mieux. C’est une représentation de ce type qui a notamment inspiré cette loi d’un autre âge qui, en France, interdit la publication de sondages 48h00 avant les grands scrutins nationaux.

On fera là dessus les remarques suivantes : il n’a à ce jour été apporté aucune preuve convaincante qui justifie cette suspicion d’une manipulation de l’opinion par les sondages. On argumenterait d’ailleurs avec un égal bon droit que la publication d’un sondage peut aussi bien encourager les soutiens du gagnant qu’alerter et stimuler ceux du perdant ; si les sondages influencent l’opinion, elle le fait dans un sens comme dans l’autre, par suite elle s’annule elle-même.

Les sondages une aide à la décision du citoyen

Cette idée que le sondage menacerait la liberté de conscience de l’électeur procède en réalité d’une représentation dépassée et fausse de la formation de l’opinion. Dans une représentation de ce type l’électeur idéal, se déterminerait seul, hors de toute interaction avec ses amis, ses collègues ou sa famille avec lesquels il échange et discute et qui font de lui un être social. L’électeur ne serait vraiment lui-même que dans l’isoloir, seul avec sa conscience.

Est-il besoin de dire que ce n’est pas ainsi que les choses se passent ?

L’électeur d’aujourd’hui est bien plus raisonnable et pondéré qu’on le croit trop facilement. Son vote est de plus en plus le résultat d’un calcul. La volatilité et l’indécision qu’on lui reproche, est en réalité l’indice de sa liberté croissante à l’égard des solidarités familiales ou des fidélités idéologiques. Tout comme le consommateur devant un marché opulent, il compare, soupèse, réfléchit. Il scrute les programmes, évalue la capacité des candidats à les mettre en œuvre. S’il balance entre deux candidats, il veut savoir lequel aura le plus de chance de l’emporter contre un troisième dont il ne veut surtout pas.

Il ne se décide pas non plus tout seul ; il multiplie les échanges et les conversations avec ses proches avant de se déterminer. Une campagne électorale n’est pas une simple opération de propagande dans laquelle les candidats se succèdent à la tribune devant un public muet et réceptif. Elle est un débat complexe dans lequel les électeurs échangent plus entre eux qu’ils n’écoutent les candidats.

Dans ce débat auquel l’ensemble des citoyens est appelé à participer, le sondage assume une fonction essentielle qui est de permettre à chacun d’en suivre l’évolution globale et d’analyser avec précision le poids de son vote dans la décision collective : quel est le risque de mon abstention ? Que pourrait être un vote utile au regard de mes intérêts ou de mes valeurs ? Mes convictions profondes doivent-elles prévaloir sur le réalisme de la gestion des affaires ? Telles sont les questions que l’électeur d’aujourd’hui  se pose et auxquelles les sondages apportent un éclairage pertinent. Ils sont l’auxiliaire indispensable de l’électeur des démocraties, après la mort des idéologies.

La méfiance légitime des sondés

Un motif supplémentaire de la mauvaise réputation des sondages est qu’elle fait écho à la méfiance croissante que les Français éprouvent à l’égard des institutions et des pouvoirs. Les sondages sont en effet toujours commandités par les institutions ou les pouvoirs économiques ou politiques qui en ont besoin pour éclairer leurs décisions, et qui peuvent également se les offrir. Car un sondage coûte cher, à peu près le prix d’une voiture : de  5000 € à 100 000 €, selon la complexité de l’interrogation, le nombre et la rareté des personnes à interroger. Le prix moyen tourne autour de 15 000 €.

Cette situation met les individus dans une situation de déséquilibre par rapport aux institutions et aux entreprises qui commandent les études. Les gens, eux, ne commandent pas de sondages, ils ne font qu’y répondre. En étant constamment soumis aux questions des sondeurs sans jamais avoir l’opportunité d’en poser une seule, le citoyen se retrouve dans la situation du rat de laboratoire ; ce n’est pas la meilleure place, et elle suscite légitimement une certaine méfiance à l’égard du laborantin.

Pour une transparence des sondages

Le dernier reproche qui est fait aux sondages s’adresse en fait aux sondeurs. Ils se font passer pour des hommes de sciences puisqu’ils parlent chiffre, mais on les envisage plus souvent comme des alchimistes dont les pratiques obscures confinent à la manipulation.

Le véritable mystère, ici, n’est pas dans la réalisation des sondages, mais plutôt dans le fait qu’une technique si banale (il se réalise en France plusieurs milliers de sondages chaque année) semble encore si ésotérique.

Un sondage n’est jamais qu’une succession d’opérations assez simples qui consistent à recueillir des données en interrogeant des individus, traiter les données ainsi recueillies, pour interpréter enfin le résultat de ces traitements. Chacune de ces opérations obéit à des règles de bonne pratique professionnelle dérivées de la statistique élémentaire ainsi que du savoir faire accumulé par le métier.

Les opérations de « redressement des données brutes » par exemple – dont le principe est de modifier les résultats obtenus à l’issue des opérations de recueil et de traitement des données, de façon à tenir compte des « mensonges » (ou des omissions), des personnes interviewées quant à leurs véritables intentions de vote – peuvent ainsi avoir l’apparence de manipulation des chiffres. Elles obéissent à des règles qui n’ont rien d’occulte mais sont le résultat de l’expérience du métier, que n’importe quel citoyen peut comprendre pour autant qu’on les lui explique .

Nous les Gens : se réapproprier le sondage comme outil démocratique

Le sondage se trouve ainsi dans une situation paradoxale, il est à la fois un auxiliaire chaque jour plus indispensable du citoyen dans le débat démocratique en même temps qu’il est perçu comme un outil mystérieux aux mains des puissants.

C’est de la prise en compte de cette contradiction que nous est venu l’idée de l’opération « Nous les Gens »

L’ambition de « Nous les Gens » est de fournir à chaque citoyen les moyens de se réapproprier l’outil démocratique qu’est le sondage.

Si avec votre aide nous y parvenons, nul doute que nous aurons fait progresser la vie démocratique en France vers plus de maturité et d’ouverture.

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