Populisme : le grand vainqueur des présidentielles 2017 ?


  • Le populisme n’a pas encore gagné l’opinion

Le sentiment populiste est indéniablement un courant d’opinion fort en France. Mais il est plus un ensemble diffus de tendances qu’un corps organisé de doctrine qui pourrait structurer l’opinion. Une grande majorité de Français se retrouve ainsi autour de l’opinion populiste selon laquelle la société est divisée entre un « peuple » et des « élites » qui auraient confisqué les pouvoirs à leur profit exclusif. Mais l’idée que les migrants constituent une menace pour la société ou celle selon laquelle il faudrait renforcer les barrières douanières, n’emportent pas une même adhésion de l’opinion.

Envisagée au prisme du populisme, l’opinion se divise d’abord en deux France opposées les « populistes » et les « non populistes ». Les « populistes » voient l’avenir et l’étranger comme autant de menaces ; les « non populistes » y voient plutôt de nouvelles opportunités. Le vote de la France populiste est capté pour une bonne part par le Front National. Mais pas exclusivement : les populistes peuvent également se tourner vers d’autres candidats de droite, ou rester dans l’indécision et le vote nul.

Entre les opinions populistes et non populistes, on trouve une France indécise, déjà sensible aux thèses populistes, mais encore loin d’avoir traduit cette sensibilité en un vote Front National.

Il est donc probable qu’à court terme, le « plafond de verre » qui contient le FN à distance du pouvoir devrait tenir. Mais on peut déjà y voir quelques fissures notamment dans le sentiment général d’être mal représenté par et dans les institutions.

Aussi est-ce probablement dans la capacité de celles-ci à regagner la confiance des Français après les élections que se jouera la progression ou non du populisme au sein de l’opinion.

  1. Vous avez dit « populiste » ?

« Populisme » est un terme aussi confus que fréquent dans les débats de la campagne électorale. Selon les interlocuteurs, le mot renvoie à des phénomènes différents et d’importance variable.

Nous avons voulu apporter ici quelques informations précises pour éclairer le débat sur un courant d’opinion déterminant dans la campagne : Qui sont les populistes ? Quelles sont leurs convictions ? Que pèsent-ils dans la campagne ? Quelles interrogations, l’émergence d’un tel courant dans le débat public  suscite-t-elle ?

Scan-research/Le Terrain apporte ici quelques données de sondages permettant d’éclairer les enjeux des dernières semaines de campagne.

  1. Le populisme : une convergence d’opinions plutôt qu’une doctrine cohérente

Le « populisme » n’est pas un courant d’opinion structuré dont se réclameraient des organisations politiques au même titre que le socialisme, le gaullisme, ou l’écologie. Il est une convergence de traits d’opinions diffus dont l’addition finit par caractériser un paysage intellectuel. Ces traits sont les suivants :

  • Une représentation de la société définie par l’opposition entre une élite et le peuple
  • le sentiment que l’élite s’est emparée des postes de pouvoir pour son seul profit, au détriment de l’intérêt général et de celui du peuple en particulier
  • Une méfiance à l’égard de l’étranger et de ses différentes figures( les migrants aujourd’hui)
  • L’idée qu’en renforçant l’étanchéité des frontières nationales on améliorerait la situation sociale du pays.
  • Le sentiment d’un déclin de la société

Aucun de ces traits ne définit à lui seul le populisme. Ce n’est qu’ensemble qu’ils dessinent un courant d’opinion qu’on pourra qualifier de populiste.

En interrogeant les Français sur leur accord à l’égard de chacune  de ces opinions, il a été possible de regrouper les Français en trois ensembles selon leur plus ou moins grande proximité avec la sensibilité populiste (voir méthodologie) :

  • les populistes
  • les populistes modérés
  • les non populistes
  1. Une idéologie diffuse dans l’opinion

Chacun des traits de l’idéologie populiste que nous avons testé suscite un accord de la part de secteurs significatifs de l’opinion.

  • Une opinion convaincue de l’existence d’une fracture entre l’élite et le peuple

L’opposition entre « l’élite » et « le peuple » structure la représentation qu’une écrasante majorité de Français (84%) se fait de la société. Cette idée est encore renforcée, pour 78% des Français, par le sentiment que « l’élite » use de son pouvoir dans son intérêt de caste et non en vue de l’intérêt général.

Ces chiffres sont le signe d’une véritable crise de légitimité des formes de gouvernance au sein de la société française.

  • Une France qu’on voudrait plus fermée

Un Français sur deux (49%) souhaiterait un « rétablissement des barrières douanières ». Une même proportion (45%) pense que « l’accueil des migrants pose un problème au bon fonctionnement de la société française »

  • Une France qu’on voit mal partie

On ne sera donc guère surpris de constater que les Français se montrent majoritairement pessimistes sur l’avenir de leur pays à moyen terme : 2 sur 3 (65%) pensent ainsi que « la situation économique et sociale de la France va fortement se dégrader dans les années à venir ».

  1. Une idéologie inégalement distribuée dans l’opinion

Les Français sont donc aujourd’hui sensibles aux thèses populistes. Il convient cependant de souligner qu’ils ne le sont pas tous de la même manière ni et avec la même intensité. On peut ainsi distinguer trois grandes attitudes au sein de l’opinion.

  • les populistes.

Ils forment la population qui se retrouve régulièrement dans chacune des thèses populistes. Les populistes représentent un quart des Français (25%). Ils se recrutent parmi les couches les moins favorisées de la société et les moins diplômées, ainsi que parmi les 50/64 ans, autrement dit parmi cette classe d’âge qui parvient au terme de sa vie professionnelle ; visiblement non sans quelque amertume. On ne sera pas surpris de constater que leurs intentions de vote les portent d’abord vers le Front National. Marine le Pen réalise ainsi un score de 61% auprès de cette cible ; devant François Fillon (16%) et Jean Luc Mélenchon (10%) loin derrière. La part d’indécis ou de vote nul se monte à 20%.

  • les populistes modérés.

Un tiers des personnes interrogées se retrouve dans un populisme moins systématique. Le profil sociodémographique de ce groupe, pour l’ensemble, est conforme à celui de la population générale des Français. S’ils sont en accord avec quelques unes des thèses populistes (notamment celles qui concernent le mécontentement à l’égard de la gouvernance des « élites »), les « populistes modérés » sont encore loin de voter pour la candidate du Front National. Au premier tour, elle réaliserait auprès d’eux un score inférieur à celui qu’elle obtiendrait auprès de l’ensemble des Français (21%). Au second tour ils voteraient contre elle dans tous les cas de figure. Leur vote s’oriente plutôt vers Emmanuel Macron (71% ) s’il devait être opposé à F. Fillon (29%) ; ou (57%) s’il devait être opposé à JL. Mélenchon (43%).

  • les non populistes

Ils sont à la fois la catégorie la plus nombreuse (42% des Français) et la moins perméable aux thèmes populistes. Les non populistes sont plutôt jeunes (62% des 25/34 ans), plutôt aisés (55% des CSP+), et diplômés (58% des bacheliers). Leurs votes s’orientent d’abord vers E. Macron (38%), et dans une moindre mesure vers les différents candidats de gauche : JL. Mélenchon (25 %) et B. Hamon (15%).

Méthodologie

Principe d’évaluation du populisme

Dans cette étude, le populisme est évalué à partir de 5 questions portant sur les thématiques suivantes :

  • La perception de l’évolution de la situation économique et sociale
  • La perception d’une opposition entre « les élites » et « le peuple »
  • La confiance dans les institutions
  • Le renforcement des frontières douanières
  • L’accueil des migrants

Pour chacune de ces thématiques, les personnes interrogées ont indiqué leur accord avec les opinions suivantes sur une échelle en 5 points (tout à fait d’accord, plutôt d’accord, plutôt pas d’accord, pas du tout d’accord, Ni d’accord ni pas d’accord)

  • Je pense que la situation économique et sociale de la France va fortement de se dégrader dans les années à venir
  • Je pense qu’il existe en France une opposition entre les élites – les politiciens, les journalistes, les grands patrons,…- et le peuple
  • Je pense que les institutions – l’état, les médias, les grandes entreprises,… – travaillent surtout dans l’intérêt de ceux qui ont le pouvoir et les plus riches – les politiciens, les journalistes, les grands patrons,… – et non dans l’intérêt du peuple.
  • Je pense que l’accueil de migrants pose un problème important au bon fonctionnement de la société française
  • Je pense que pour améliorer la situation sociale de la France, il faut rétablir des barrières douanières à nos frontières et taxer les marchandises et les services venant de l’étranger

Le « populisme » de chaque répondant a été déterminé à partir du cumul de ses réponses à chacune de ces 5 questions ; à chaque réponse étant attribuée les valeurs suivantes :

  • Tout à fait d’accord = 4
  • Plutôt d’accord = 3
  • Ni d’accord, ni pas d’accord = 2
  • Plutôt pas d’accord = 1
  • Pas du tout d’accord = 0

Soit un score pour chaque répondant compris entre 0 et 20.

L’échantillon a ensuite été réparti en trois groupes selon le score des répondants :

  • Entre 20 et 16 : les « populistes »
  • Entre 15 et 11 : les « populistes modérés »
  • Entre 11 et 0 : les « non-populistes »

Résultats

LA PERCEPTION DE L’EVOLUTION DE LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

P1. Je vais vous lire des phrases qui ont été dites par d’autres personnes et pour chacune d’elles, vous me direz si vous êtes tout à fait d’accord, plutôt d’accord, ni d’accord ni pas d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord ? Je pense que la situation économique et sociale de la France va fortement de se dégrader dans les années à venir.

T1

T2

L’OPPOSITION ENTRE LES « ÉLITES » ET LE « PEUPLE »

P2. Je vais vous lire des phrases qui ont été dites par d’autres personnes et pour chacune d’elles, vous me direz si vous êtes tout à fait d’accord, plutôt d’accord, ni d’accord ni pas d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord ? Je pense qu’il existe en France une opposition entre les élites – les politiciens, les journalistes, les grands patrons,…- et le peuple.

T3
T4

LA CONFIANCE A L’EGARD DES INSTITUTIONS

P1. Je vais vous lire des phrases qui ont été dites par d’autres personnes et pour chacune d’elles, vous me direz si vous êtes tout à fait d’accord, plutôt d’accord, ni d’accord ni pas d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord ? Je pense que les institutions – l’état, les médias, les grandes entreprises,… – travaillent surtout dans l’intérêt de ceux qui ont le pouvoir et les plus riches – les politiciens, les journalistes, les grands patrons,… – et non dans l’intérêt du peuple.

T5
T6

LE PROTECTIONNISME ÉCONOMIQUE

P4. Je vais vous lire des phrases qui ont été dites par d’autres personnes et pour chacune d’elles, vous me direz si vous êtes tout à fait d’accord, plutôt d’accord, ni d’accord ni pas d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord ? Je pense que pour améliorer la situation sociale de la France, il faut rétablir des barrières douanières à nos frontières et taxer les marchandises et les services venant de l’étranger.

T9
T10

L’ACCUEIL DES MIGRANTS

P5. Je vais vous lire des phrases qui ont été dites par d’autres personnes et pour chacune d’elles, vous me direz si vous êtes tout à fait d’accord, plutôt d’accord, ni d’accord ni pas d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord ? Je pense que l’accueil de migrants pose un problème important au bon fonctionnement de la société française.

T7T8

Répartition par groupe.

POPULISME TAB1

  • Les  Sexe – Âge – CSP – Niveau de diplôme

populisme tab2

  • Répartition des types de populistes par Revenu du foyer – Proximité politique – Taille d’agglomération

POPULISME TAB 3

Intention de vote par groupe.

populisme tab4

Classement des candidats.

populisme tab 5

Notice technique.

  • Date de réalisation.
    • L’enquête a été réalisée par téléphone du 23 au 27 mars 2017.
    • Heure d’appel : en semaine 17 – 21h et Samedi 10 – 20h
  • Dispositif d’enquête.
    • Enquêteurs assistés d’un logiciel d’enquête (CATI).
    • Plateforme téléphonique basée à Paris
  • Fichier des contacts.
    • Numéros de téléphone composés aléatoirement.
    • Taux de téléphone mobile : 50%
  • Taille de l’échantillon.

    • 1106 personnes inscrites sur les listes électorales.
    • Dont 769 certaines d’aller voter.
  • Méthodologie.
    • Méthode des quotas par stratification :
      • Région
      • Taille d’agglomération
      • Sexe
      • Age
      • PCS du chef de famille
  • Redressement.
    • Socio – démo.
    • Reconstitution du vote 1er Tour 2012
    • Reconstitution du vote 2ème Tour 2012

Marge d’erreur : Compte tenu de la méthodologie utilisée (Méthode des quotas) le calcul de la marge d’erreur n’est pas possible. Il est admis par simplification que si elle était calculable, elle serait proche du calcul de la marge d’erreur lorsque l’échantillon est constitué  aléatoirement (échantillon non probabiliste). Ci-dessous marge d’erreur pour un échantillon de 769 individus :

Pour un échantillon de 769 individus si le résultat observé est 10 % (par exemple), en tenant compte de la marge d’erreur, la probabilité est de 95% que le résultat soit compris entre 7,88 % et 12,12 %.

La marge d’erreur varie selon la taille de l’échantillon et le % du résultat.

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